Spiritualité, philosophie, sagesse

Pourquoi nous avons besoin des cimetières et des morts

 

cimetière de Charonne, à Paris. Photo Alina Reyes

cimetière de Charonne, à Paris. Photo Alina Reyes

Autrefois les cimetières étaient au cœur des villages et des villes, nichés au pied des églises. La mortalité était plus élevée qu’aujourd’hui, et l’espérance de vie plus faible (mais des vies passées sans tous les moyens de captation du temps que nous subissons aujourd’hui, télévision, internet, temps de transport… laissaient sans doute beaucoup plus de temps de vie pleinement vécue, en moins d’années). Les gens vivaient en familiarité avec la mort, et il leur fallait pouvoir rester proches de ceux qu’elle leur prenait si souvent prématurément.

cimetière Montparnasse, à Paris. Photo Alina Reyes

cimetière Montparnasse, à Paris. Photo Alina Reyes

Puis les cimetières se sont mis à déborder, au sens propre du terme. D’ossements, de cadavres même, que la terre ne suffisait plus à contenir, ensevelir. Les gens ont continué à y aller, parfois à y mener grande vie. Certains cimetières pouvaient être une aire de jeux pour les enfants, de pique-nique, de prostitution… Il n’y avait là rien de morbide, c’était la vie, et le spectre de la mort était rendu plus supportable par cette familiarité et par la proximité des vivants et des morts. Mais quand ces derniers ont commencé à sortir de terre, on s’est décidé à établir d’autres cimetières, plus à l’écart. Les progrès de la médecine aidant, on a peu à peu repoussé aussi la mort elle-même hors de la vue quotidienne, et réduit la fréquentation des morts à de rares visites.

cimetière de Montmartre. Photo Alina Reyes

cimetière de Montmartre. Photo Alina Reyes

C’est qu’en même temps que nous repoussions le voisinage de la mort, le temps de notre vie nous était de plus en plus compté. Une vie faite d’horaires, et qui influent sur notre caractère, sur notre esprit, voilà ce que nous a laissé l’éloignement du sens de l’éternité. Aller de temps en temps au cimetière, comme dans la nature ou dans la vraie littérature, nous permet de la rejoindre et d’y trouver la paix. « Elle est retrouvée. Quoi ? – L’Éternité », dit Rimbaud, toujours vivant.

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A propos de Alina Reyes

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